TOP 10 DES LIVRES DE LA LITTÉRATURE AFRICAINE À LIRE AU MOINS UNE FOIS DANS SA VIE

Aujourd’hui chers lecteurs, pas de critique littéraire, mais à la place un petit voyage livresque aux quatre coins de l’Afrique. Pour cette première chronique du cactus, je vous ai concocté un top, et non des moindres, puisqu’il s’agit du top 10 des livres de la Littérature Africaine à lire au moins une fois dans sa vie.

Ces 10 livres que j’ai sélectionnés pour vous – après des heures à me triturer les méninges-  sont pour la plupart des classiques élevés aujourd’hui au Panthéon de la littérature Africaine.

Mais avant de vous dévoiler cette liste, je dois vous avouer que j’ai eu un certain mal à rédiger cet article. Pourquoi ? Parce que la Littérature Africaine, bien que relativement méconnue à l’échelle internationale, recèle de nombreux chefs d’œuvre tous aussi captivants les uns que les autres.

Tous ces livres, il a fallu les départager. Pour ce faire, j’ai établi des critères  :

  • Un seul auteur par pays ;
  • Un seul genre : le roman ;
  • Une seule période : le 20ème siècle.

Asseyez-vous donc confortablement et attachez bien vos ceintures.

Mesdames et messieurs, ici votre commandant de bord. Bienvenue à bord du vol Cactus Air 001 à destination du Niger.

10. SARRAOUNIA, ABDOULAYE MAMANI

Notre voyage commence au Niger. Pays du Sahel, pays du Sahara. C’est en cette terre au trois quarts désertiques que naquit en 1932, Abdoulaye Mamani. Ecrivain mais aussi journaliste, poète et homme politique, il est forcé de s’exiler en 1960 pour cause de tensions politiques. Abdoulaye Mamani revient à Niamey quatorze ans plus tard où il sera emprisonné. C’est à sa sortie de prison en 1980 qu’il publia « Sarraounia ».

Véritable chef d’œuvre, « Sarraounia » – qui signifie « reine » en langue Haoussa- nous raconte l’histoire de la reine de Lougou, un village au Sud-Ouest du Niger, et de sa résistance contre les forces colonisatrices, matérialisées sous les traits des capitaines Voulet et Chanoine.

Mêlant à la fois faits réels et fiction, ce roman a propulsé la reine de Lougou -jusque-là assez peu connue- au rang de véritable mythe de la culture Nigérienne. Il remportera d’ailleurs plusieurs prix et sera adapté au cinéma en 1986 par le réalisateur français d’origine mauritanienne Med Hondo –Grand prix Etalon au Fespaco 1987 s’il vous plaît-.

9. LE FEU DES ORIGINES, EMMANUEL DONGALA

Ecrivain mais aussi chimiste et professeur de littérature au Bard College dans le Massachussetts, Emmanuel est l’auteur d’une dizaine de livres dont celui qui remporta en 1987 le Grand prix littéraire d’Afrique noire, j’ai nommé « le feu des origines« .

C’est l’histoire d’un homme, Mandala Mankunku mais au delà, celle d’une Afrique et de ses douloureux premiers contacts avec l’Occident.

Personnage singulier au destin unique, Mandala vit des jours paisibles dans son village jusqu’à l’arrivée des colons. Ces derniers ont pour projet de construire un chemin de fer. Révolté, il décide de quitter son village pour rejoindre la ville. C’est ainsi que commence un long et périlleux voyage vers la liberté.

Oscillant entre mythes et réalité, ce livre déborde d’émotions et suscite de véritables réflexions philosophiques sur des faits sociaux réels. Véritable pépite de la littérature Africaine, Emmanuel Dongola signe avec le « Feu des Origines » l’un, si ce n’est, son meilleur roman.  C’est donc en toute logique que celui-ci figure à la 9ème place de ce classement.

8. UNE VIE DE BOY, FERDINAND OYONO

Nous quittons le Congo-Brazza pour nous rendre au pays des lions indomptables.

C’est un jour de Septembre 1929 à  Ngoulemakong que naît Ferdinand Oyono. Ecrivain et homme politique camerounais, il est l’auteur de trois romans, tous dans dans la thématique de la colonisation, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui, « Une vie de boy ».

Paru en 1956, « une vie de boy » nous narre la tragique histoire de Toundi, jeune garçon camerounais qui s’enfuit de son village natal pour échapper à un père cruel pour se rendre à Dagan, ville coloniale où il retrouvera le père Gilbert. Ce dernier lui apprendra à lire et à écrire.

Toundi, dorénavant renommé Joseph, se met à tenir un journal intime où l’on y découvre au fur et à mesure ce qu’est la vie d’un « boy » -comprenez esclave domestique– au sein d’une colonie française, avec tout son lot de discrimination et de mépris.

Critique acerbe du système colonial au même titre que d’autres classiques comme « Batouala » de René Maran, « une vie de boy » est aujourd’hui considéré comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature Africaine, ce qui lui vaut indubitablement sa place dans ce top.

7. L’ÉTRANGE DESTIN DE WANGRIN, AMADOU HAMPATÉ BA

Au revoir Cameroun, bonjour Mali, le pays des Dogon mais aussi celui d’Amadou Hampaté Bâ. C’est à cet homme que l’on doit cette phrase quasiment devenue proverbiale : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».

Amadou Hampaté est un écrivain et ethnologue Malien. C’est en 1973 que parût « L’étrange destin de Wangrin », récit que l’auteur dit inspiré de faits authentiques.

Wangrin dont on suit les péripéties tout au long de son roman aurait donc réellement existé, ce qui est assez difficile à croire tant ce personnage est cocasse!

A mi chemin entre Robin des bois et Arsène Lupin, Wangrin est un personnage rusé et sans scrupules qui ne recule devant rien pour s’enrichir. Dans sa quête effrénée vers la fortune, il se fera inévitablement de nombreux ennemis, n’hésitant pas à duper tous ceux qui se trouveront en travers de son chemin. Wangrin est une ordure. Certes. Mais il est le genre d’ordure que l’on se surprend à apprécier

Plaisant et amusant à lire, « L’étrange destin de Wangrin«  est un véritable bijou de la littérature africaine et pointe naturellement à la 7ème place de ce top.

Si jusque là vous n’êtes pas toujours pas convaincu de la nécessité de lire ce roman, peut-être que cette talentueuse bloggueuse du nom de Tchonté  saura lever le doute qui subsite en vous.

6. LE PLEURER-RIRE, HENRI LOPÈS

Envolons nous pour le Congo-Kinshasa, le pays de la Sape!  Né en 1937 à Kinshasa, Henri Lopes est un écrivain et homme politique (l’écriture et la politique seraient-elles des sœurs jumelles?), qui occupa un temps la fonction de premier ministre de la République du Congo.

C’est en 1982 que paraît son roman le plus célèbre, « Le pleurer rire« . Derrière cette alliance de mots surprenante se cache un roman tout aussi inhabituel.

Insolite  dans sa forme -mixant habilement français soutenu et dialecte local-, ce roman nous plonge dans l’histoire de  Bwakamabe Na Sakkade, un dictateur pur et dur et qui comme tout bon dictateur qui se respecte, accède au pouvoir par la force.

A travers ce roman, Henri Lopes fustige violemment les régimes dictatoriaux et leurs inévitables déboires.  De par sa thématique encore d’actualité, « Le pleurer-rire«  est un incontournable de la littérature Africaine  que je vous invite vivement à découvrir.

5. CHAKA, THOMAS MOFOLO

Direction le Lesotho, petit pays d’Afrique du Sud où nous retrouvons Thomas Mofolo. Né en 1876, Thomas Mofolo fréquenta les missionnaires jusqu’en 1910 auprès de qui il développa sa passion pour l’écriture.

Si son nom ne vous dit rien, ce n’est sûrement pas le cas pour son œuvre phare parue en 1925 intitulée « Chaka. Une épopée bantoue ».

Eh oui, c’est bien lui l’auteur du roman qui a propulsé le charismatique roi et fondateur du royaume Zoulou au rang de véritable icône de la littérature Africaine.

L’histoire de Chaka fera l’objet de nombreux poèmes et pièces de théâtre et même d’une série produite en 1986 que l’on ne présente plus.

4. LES SOLEILS DES INDÉPENDANCES, AHMADOU KOUROUMA

Cap cette fois sur la Côte d’Ivoire, République de la Côte des Ébènes comme l’appelle Ahmadou Kourouma. Qui est ce donc?

D’origine Malinké, Ahmadou Kourouma -dont le nom signifie « guerrier« – naît en 1927 à Boundiali.

Il fait partie de cette nouvelle  vague d’écrivains qui éclot après les  indépendances. Ces « nouveaux » écrivains arborent une forme d’expression jusque là inédite, celle qui rompt avec la « littérature d’instituteurs« . Leurs écrits s’adaptent à leur nouveau contexte.

« Les soleils des indépendances« , paru en 1968, s’inscrit parfaitement dans cette lignée. Ce roman nous raconte l’histoire de Fama Doumbouya, riche commerçant et dernier descendant d’une lignée de princes Dioula. Tout allait bien pour Fama jusqu’à ce que surviennent les indépendances qui provoquent sa ruine.

Doté d’une plume rare, Ahmadou Kourouma nous dépeint une Afrique sombre, une Afrique de désillusion. Véritable critique des régimes politiques post-indépendance, « Les soleils des indépendances » demeure jusqu’à aujourd’hui une œuvre majeure de la littérature Africaine et dont la thématique soulève des questionnements encore d’actualité. 4ème place amplement méritée donc.

3. SOUNDJATA OU L’ÉPOPÉE MANDINGUE, DJIBRIL TAMSIR NIANE

Nous entamons la première marche de ce podium avec un livre qui parlera probablement à tous et son auteur n’est autre que Djibril Tamsir Niane.

Djibril Tamsir Niane est un écrivain, professeur et historien Guinéen spécialiste de l’histoire du Mandé. Le Mandé est la province où s’érigea  l’empire du Mandé, plus connu sous le nom de « l’empire du Mali ».

Né en Janvier 1932, Djibril Tamsir Niane -que nous abrévierons DTN pour une question de communité- poursuit des études d’ histoire à l’université de Bordeaux qui seront sanctionnées d’une licence et d’un DES.

C’est au cours des années 1950 dans le village de Djeliba Koro qu’il rencontre Mamadou Kouyaté, un griot qui lui relatera l’épopée de Soundiata Keïta. DTN prend alors sa plus belle plume et retranscrit l’histoire sur papier. En 1960 est publié « Soundiata ou l’épopée Mandingue », sublime roman qui popularisera le personnage auprès du grand public.

Soundjata Keïta devient alors une véritable légende Africaine.

Soundiata, c’est un peu Superman, à la sauce « K’1fry ». « Soundiata ou l’épopée Mandingue » est l’histoire peu commune d’un homme à l’ascension fulgurante. Fils du roi  Naré Maghan Konaté et de Sogolon Konté , Soundiata naît paralysé.

Snobé par son démi-frère qui le chasse du trône, Soundiata passe une enfance difficile. Marchant toujours à quatre pattes à l’âge de sept ans, il décide après une n-ième humiliation subie par sa mère, de prendre littéralement son destin en main. Il fait commander une barre de fer, qu’il aggripe et se relève par la seule force de ses muscles, tordant au passage l’épaisse barre métallique.

Forcé de s’exiler pendant plusieurs années, Soundiata apprend un jour que le roi sorcier Soumaoro Kanté -Soumangourou selon les versions- a envahi son pays natal et s’est accaparé du trône.

C’est ainsi que Soundiata décide de rentrer et de combattre le terrible roi de Sosso et dans le même coche, accomplir sa destinée.

Ce livre est ce que j’appelle un « must-read » et son histoire inspirera de nombreux artistes tels que Tiken Jah Fakoly , ce dernier dédiant entièrement une chanson au mythique roi du Mandingue.

2. UNE SI LONGUE LETTRE, MARIAMA BÂ

Sur la deuxième marche du podium se trouve un MONUMENT de la littérature Africaine.

Nous nous rendons au pays de la Téranga où nous retrouvons l’unique femme de ce classement. C’est dans ce charmant pays – en 1929 –  que Mariama Ba voit le jour. Très tôt, elle intègre l’école Française et se fait déjà remarquer grâce à ses excellents résultats.

De sa courte carrière d’écrivain, Mariama Bâ n’aura écrit que deux livres. Mais quels chefs d’œuvre!

« Une si longue lettre«  est l’un des deux.

Paru en 1981 aux éditions le serpent à Plumes, ce roman rencontre dès sa sortie un immense succès.

Comme son nom l’indique, le roman entier est une série de lettres que Ramatoulaye, personnage principal du livre, adresse  à son amie de longue date, Aïssatou.

La première, fraîchement veuve et la seconde, divorcée depuis trois ans. Deux femmes, deux destins différents que pourtant une chose unit : la polygamie, venue un beau jour ébranler la stabilité de leur foyer.

Nous sommes en 2017 au moment où j’écris ces lignes.  36 années se sont écoulées depuis la sortie de ce roman et pourtant les thèmes abordés sont plus que jamais d’actualité. En digne fer de lance de la première génération de femmes écrivains , Mariama Ba brosse de sa plume sublime un portrait implacable et réaliste de la condition de la femme Africaine en général et Sénégalaise en particulier.

Féministe avant l’heure, Mariama Bâ aura influencé et inspiré un bon nombre d’écrivains et laissé une marque indélébile dans le cœur de tous les amoureux de littérature.

1. LE MONDE S’EFFONDRE, CHINUA ACHEBE

Les plus visionnaires l’auront vu venir de loin. A la première place de ce podium figure le très célèbre, que dis-je, l’incontournable « Le monde s’effondre » de Chinua Achebe.

Par où commencer ?

L’auteur tout d’abord. Chinua Achebe nous vient du Nigéria. De son vrai nom Albert Chinualumogu Achebe, Chinua Achebe naît en 1930 à Ogidi de parents Ibo : Isalah Okafo et Janet Achebe.

Après des études à l’université d’Ibadan, Chinua Achebe intrègre la Nigerian Broadcasting Corporation et travaille un temps comme professeur d’Anglais.

C’est en 1958 qu’il publie son premier Roman, « Le monde s’effondre » ou « Tout s’effondre » avec la nouvelle traduction de 2012.

Resituons le contexte.

Nous sommes à une époque obscure où l’Afrique est -littérairement parlant- méconnue, une époque pendant laquelle l’Africain est décrit comme un homme sauvage dénué de toute culture. Chinua Achebe fait ce constat amer au cours de ses lectures et décide de prendre la plume, pour notre plus grand bonheur.

« Des auteurs comme Ernest Hemingway ont representé la population noire Africaine comme des sauvages et sont ainsi à l’origine d’un immense blasphème. C’est pourquoi j’ai décidé de tenter d’écrire des livres où les personnages étaient des Africains comme je les connais. ».

Ainsi voit le jour son premier et plus célèbre roman. Tiré dès 1969 à plus de 400.000 exemplaires, « le monde s’effondre » nous narre l’histoire d’Okonkwo, un homme de l’ethnie Igbo qui vit au sein du village d’Umuofia. Okonkwo est un personnage singulier dans la mesure où, soit on l’aime soit on le déteste.

La plus grande peur d’Okonkwo est la peur elle-même (phobophobe ?). Traumatisé par un père lâche et paresseux, Okonkwo n’a alors qu’un désir :  devenir l’exact opposé de celui-ci. Il se tue au travail et finit par devenir un homme riche et respecté de tous.

Ce mépris particulièrement exacerbé pour la faiblesse sous toutes ses formes fait alors de lui un homme controversé. Il ira jusqu’à commettre l’impensable juste pour ne pas passer pour un « faible ».

Okonkwo et les siens vivront l’arrivée des Européens et avec eux leur religion, le christiannisme, qui viendra bouleverser leurs croyances traditionnelles, eux qui baignent depuis toujours dans un animisme des plus austères.

« Le monde s’effondre » est presque un ouvrage d’ethnologie tant il nous fait découvrir à travers lui, une culture -celle des Igbo- dans toute sa richesse et sa complexité. Ce roman déborde « d’Africanité » et cela se ressent dès les premières lignes à travers un vocabulaire qui n’hésite pas à piocher très souvent dans celui du dialecte local.

Loin d’idéaliser le passé, Chinua achebe nous peint le portrait d’une Afrique dans toute son authenticité. Sans complaisance, il n’hésite pas  à poser le doigt là où ça fait mal.

Véritable ode à la culture Africaine, « Le monde s’effondre » est ce genre de livre qui nous fait voyager tout en restant bien vissé dans son canapé.

Les classiques il y en a beaucoup. Mais les classiques parmi les classiques, on n’en dénombre peu. Cette œuvre de Chinua Achebe en est un.

Oui, je le dis sans sourciller.

« Le monde s’effondre » est LE chef d’œuvre de la littérature Africaine.

 

LE CACTUS SAHÉLIEN

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